Chronique renessence : s'aimer avec la drépanocytoseSamedi 5 Avril 2025 - 23:14 Quand vous avez vécu une enfance drépanocytaire, généralement vous êtes défait. Si ce n'est pas au sein de votre famille, ce sera à l'école ou quelque part que le défi de l'intégration sociale se posera. Les gens auront tendance à vous faire comprendre que vous n'êtes pas aimé ou désiré, mais la vraie question est de savoir si vous vous aimez vous-même.
Après avoir vécu un enfer pendant ma scolarité, précisément au collège et au lycée, et ne me sachant pas particulièrement entourée d'affection par ma famille, j'ai commencé à me voir comme les autres me voyaient, à croire ce qu'ils disaient de moi, et à me comporter comme si je ne valais pas grand-chose. Mes résultats scolaires ont baissé de manière considérable et encore heureux que j'ai pu obtenir le baccalauréat, car désormais la question se posait pour moi qui n'avait été que première de la classe quasiment toute ma scolarité, n'ayant pas d'autres centres d'intérêt ou d'autres faire-valoir que ma tête, mon intelligence et mes résultats. Mais le travail de sabotage par les autres de l'image que j'avais de moi-même avait été si important que même les résultats scolaires, je les perdais. Une petite mort m'était donnée et je l'acceptais, ne sachant plus que faire ni comment réagir. L'obtention du baccalauréat signa ma délivrance et j'arrivai dans un contexte, l'université, où je me rendis très vite compte que je faisais beaucoup de malheur. Je constatais au fil des mois et même des premières semaines, que je suscitais beaucoup d'intérêt de la part des jeunes hommes et attirant sur moi les foudres des jeunes femmes qui les avaient dans leur viseur ou en étaient les petites amies. Ça me faisait rire, ça me faisait plaisir et aussi ça me faisait terriblement peur car, je n'avais que trop conscience de comment certaines personnes pouvaient se révéler être vraiment nuisibles. Mais pour autant, je n'avais pas changé. J'étais la même personne, persécutée au collège et au lycée, la même fille dont la présence et la compagnie étaient désormais très saluées. Rien n'avait changé, sinon le contexte. On ne peut pas s'aimer soi-même, on l'apprend des autres. Comment les autres nous traitent, nos parents en premier, nous donnent l'exemple inconscient de comment nous allons nous traiter? Est-ce que nous allons avoir de l'estime de soi-même ou serons-nous insecures et peu confiants? Quand vous évoluez dans un environnement nocif, changez le pot de fleur. Ne tuez pas la fleur, changez de terreau. Allez vers des gens qui sont plus à même de vous estimer à votre juste valeur et qui vous diront, comme plusieurs de ces messieurs me l'ont dit lorsque, je leur révélais mon état de santé dans l'espoir de réfréner leurs ardeurs : " Et, alors ? " " Et, alors ? ". Si la drépanocytose est un problème pour les uns, elle ne l'est pas pour les autres. Il y a des gens qui vous aiment telle que vous êtes et qui désespèrent d'être auprès de vous et de bénéficier de vos lumières, de votre aura, de votre présence, de votre compagnie, de votre charme fou. Prenez soin de vous. Le soin, c'est la vie. Lorsque votre jauge d'estime personnelle sera suffisamment remplie, lorsque vous apprendrez à vous aimer vous-même, la tendance s'inversera, s'équilibrera, naturellement. Vous donnerez aux autres l'exemple inconscient de comment ils doivent vous traiter.
Princilia Pérès Légendes et crédits photo :Illustration Notification:Non |